Investir en start-up : rendement réel et risques chiffrés
Jérémie Sicsic
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2026
Combien peut rapporter le fait d’investir en start-up, et combien peut-on perdre ? Les fonds français spécialisés affichent un rendement net moyen de 6,5 % par an sur dix ans à fin 2025. Les écarts entre fonds restent très importants. Pour une participation isolée, l’issue va de la perte totale à un multiple élevé. Cet article chiffre les rendements observés, les taux d’échec, l’effet de l’illiquidité et de la fiscalité, puis les moyens de limiter le risque.

Quel rendement attendre d’un investissement en start-up ?
Les 10,7 % du capital-investissement concernent-ils les start-ups ?
Le chiffre le plus cité vient de l’étude annuelle de France Invest et EY, publiée le 25 juin 2026. Elle mesure un TRI net de 10,7 % par an sur dix ans, de fin 2015 à fin 2025, pour l’ensemble du capital-investissement français. Le TRI (taux de rendement interne) exprime le rendement annuel d’une série de flux, ici après frais de gestion et intéressement des gérants. Sur la même période, l’étude retient 9,5 % pour le CAC 40 dividendes réinvestis, calculé avec une méthode comparable. Ces données sont issues de l’étude France Invest / EY sur la performance nette à fin 2025.
Deux segments aux rendements très différents
Ce total agrège des métiers très différents :
- Capital-transmission (rachat d’entreprises établies) : 13,1 % par an sur dix ans ;
- Venture & growth (start-ups et jeunes entreprises en croissance) : 6,5 % par an sur la même période.
Pour un investisseur en start-up, ce second chiffre sert de référence. Il porte en outre sur des fonds déjà diversifiés, gérés par des équipes professionnelles.
Pourquoi la moyenne masque-t-elle de grands écarts ?
La même étude classe les fonds par quartile de performance. Dans le venture & growth, le TRI net moyen depuis l’origine se répartit ainsi :
- quart des fonds les moins performants : −12,7 % par an ;
- fonds médian : autour de 1,2 % par an ;
- quart des fonds les plus performants : 19,0 % par an.
L’écart entre deux fonds du même segment dépasse donc largement l’écart entre segments.
Qu’est-ce que la loi de puissance ?
Au niveau d’une seule entreprise, la dispersion s’élargit encore. Les investisseurs en capital-risque décrivent ce phénomène comme une loi de puissance. Une loi de puissance est une distribution où quelques valeurs extrêmes pèsent plus que toutes les autres réunies. Appliquée à un portefeuille, elle signifie qu’une petite minorité de succès produit l’essentiel du rendement. Votre résultat dépend alors surtout de votre capacité à détenir l’un de ces rares succès, et à le conserver jusqu’à la sortie.
Combien de start-ups échouent, et pourquoi ?
Quelle part des jeunes entreprises disparaît en cinq ans ?
L’Insee suit chaque génération d’entreprises pendant cinq ans. Parmi les entreprises créées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs, 69 % étaient encore actives cinq ans plus tard, selon l’Insee Première consacré aux entreprises créées en 2018. Près d’une sur trois avait donc cessé son activité. Ce chiffre couvre toutes les créations, du commerce aux services, au-delà des seules start-ups innovantes.
Survivre ne suffit pas à rapporter
Ce chiffre sous-estime aussi le risque pour l’actionnaire. Une entreprise encore active peut stagner, lever des fonds à une valorisation plus basse ou ne jamais offrir de sortie. La question utile pour l’investisseur porte donc sur la valeur récupérable, en plus de la survie. Dans un portefeuille de start-ups, une part importante des participations peut ne jamais rendre la mise.
Pourquoi les start-ups financées échouent-elles ?
Le cabinet d’analyse CB Insights a étudié 431 start-ups financées par du capital-risque et fermées depuis 2023. Sur les 385 dont les causes sont identifiées, le manque de trésorerie apparaît dans 70 % des cas. L’étude le décrit comme la cause finale, rarement comme la cause racine. Les causes de fond sont les suivantes :
- produit mal ajusté à son marché : 43 % des cas ;
- mauvais timing : 29 % ;
- modèle économique non rentable à l’unité : 19 %.
Une entreprise peut cumuler plusieurs de ces causes.
Ces 431 sociétés avaient levé au total 17,5 milliards de dollars avant de fermer. Le montant levé ne suffit donc pas à garantir la survie.
Trois questions à poser avant d’investir
Ces causes fournissent une grille de lecture concrète :
- le produit a-t-il des clients payants ?
- le marché est-il prêt à l’adopter ?
- chaque vente dégage-t-elle une marge ?
Liquidité, horizon et fiscalité : ce qui change le calcul
Combien de temps votre capital reste-t-il bloqué ?
Une action de start-up ne se revend pas en Bourse. Vous récupérez votre capital lors d’une cession, d’un rachat par un industriel ou, plus rarement, d’une introduction en Bourse. Dans les fonds de capital-investissement, France Invest situe les cessions au bout de cinq à sept ans en moyenne. En direct, ce délai peut s’allonger, et aucune date de sortie n’est garantie.
Ce qui modifie la valeur de votre part
Pendant cette période, deux mécanismes pèsent sur votre participation :
- la dilution : chaque nouvelle levée de fonds réduit la part des actionnaires qui ne réinvestissent pas ;
- le pacte d’associés : il fixe vos conditions de sortie (droit de préemption, clause de sortie conjointe, clause d’entraînement).
Ces mécanismes sont détaillés dans notre article sur la gouvernance et le pacte d’associés lors d’une levée de fonds. Lorsque plusieurs investisseurs passent par une holding commune, lisez aussi notre analyse du SPV en investissement.
Que change la réduction d’impôt sur le risque ?
En 2026, la réduction d’impôt sur le revenu pour souscription au capital de PME (IR-PME) dépend du statut de l’entreprise :
- PME éligible : 18 % du montant investi ;
- jeune entreprise innovante (JEI) : 30 % ;
- jeune entreprise d’innovation de rupture (JEIR) : 50 %.
Ces taux sont publiés par Service-Public.fr. Les conditions et plafonds sont détaillés dans notre article sur le dispositif Midy et la réduction d’impôt JEI.
Les limites de l’avantage fiscal
Cette réduction diminue le capital net exposé. Le risque de perte sur la mise reste entier. L’avantage suppose de conserver les titres plusieurs années, faute de quoi il peut être repris, et d’avoir un impôt suffisant à réduire. Il entre aussi dans le plafonnement global des avantages fiscaux. Son intérêt dépend donc de votre situation personnelle, comme l’explique notre guide sur la fiscalité des actions non cotées pour un particulier.
Comment construire un portefeuille de start-ups plus robuste ?
Exemple chiffré : dix participations de 1 000 €
Prenons un investisseur qui répartit 10 000 € sur dix start-ups, à raison de 1 000 € chacune. Les trois scénarios ci-dessous reposent sur des hypothèses illustratives, sur sept ans. Ils ne constituent pas une prévision. La dernière colonne suppose dix JEI éligibles et une réduction de 30 % effectivement obtenue. Le coût net tombe alors à 7 000 €.
Ce que montre l’exemple
Dans le scénario A, une seule sortie à huit fois la mise porte tout le portefeuille. Le multiple de 1,4 correspond à environ 4,9 % par an sur sept ans, avant impôt sur la plus-value. Sans ce succès, le scénario B perd 40 % du capital investi. La réduction d’impôt améliore chaque ligne, sans transformer le scénario C en gain.
Quelle place donner aux start-ups dans votre patrimoine ?
Aucune règle officielle ne fixe un pourcentage de patrimoine. Le principe de prudence consiste à n’y placer que des sommes dont vous n’aurez pas besoin pendant au moins cinq à dix ans. Leur perte totale ne doit pas compromettre vos projets. Ce montant se répartit ensuite sur trois axes :
- plusieurs entreprises, pour ne pas dépendre d’un seul dossier ;
- plusieurs secteurs, pour limiter l’exposition à un même marché ;
- plusieurs années d’investissement, pour lisser l’effet des cycles.
Tenir compte du stade de maturité
Selon CB Insights, deux tiers des échecs liés au produit concernaient des sociétés en phase d’amorçage, sans marché trouvé. Une entreprise qui facture déjà présente un risque plus faible, avec en général un potentiel de multiple plus limité. Passer par un fonds offre une diversification immédiate, en contrepartie de frais de gestion. Pour comparer les deux approches, voir les spécificités de l’investissement en private equity. Le cadre général est présenté dans notre page pilier pour investir dans une start-up.


